Rester proche pour aller loin - Le GRP Tour du Revermont

Rester proche pour aller loin - Le GRP Tour du Revermont

Publié le 28-08-2026 | Aucun commentaire | dans Rando | Retour à la liste des posts

Après deux sessions sur le chemin de Compostelle, qui m'avaient emmenée d'abord du Puy-en-Velay vers Figeac, puis de Figeac à Cahors (une session interrompue brusquement pour cause de blessure), j'avais l'ambition de repartir en cet été 2026 pour continuer ce chemin. Les fortes chaleurs qui se sont imposées dès la fin du printemps m'ont finalement dissuadée d'aller marcher tant au sud, et, carte en main, j'ai jeté mon dévolu sur un GR tout à côté, qui me permettait de partir de chez moi à pied, moyennant petit aménagement et longue journée : le GRP Tour du Revermont.

Le Revermont, ce sont les contreforts du massif du Jura, à cheval sur l'Ain et le Jura. On y passe de pâturages en forêts, de crêtes en vallées, le long de l'Ain ou du Suran. Modeste en altitude (il culmine à moins de 800 mètres), il reste exigeant car très vallonné, et ses chemins peu empruntés peuvent devenir techniques. C'est un petit coin de paradis, à mon humble avis ^^ 

1️⃣ Saint Amour-Chavannes s/Suran | 32km, 900D+
La 1ère étape m’emmenait à Chavannes s/Suran, par le versant jurasso-aindinois du Revermont. On oscille entre les deux départements, et les paysages alternent entre pâtures et bois. Une étape longue et bien vallonnée. 
Très rapidement, j'ai décidé de m'écarter du parcours lors de la traversée d'un pâturage après le plateau de Vergongeat. Si j'ai l'habitude de traverser des estives (le chemin de Compostelle sillonne au milieu des vaches^^), la réaction des troupeaux me donnait une indication sur la fréquentation du GR Revermont : très faible. Alors que sur Compostelle, telles les marmottes de Vanoise, les vaches nous regardent passer, placides, ici à peine avais-je passé la barrière de leur pré que les vaches se carapataient. Devant leur attitude, effrayées et sur la défensive, je décidai de rebrousser chemin et de contourner autant que faire se peut. 
J’ai attrapé le Suran à Lasserra pour le retrouver ensuite à l’arrivée au camping (un très sympathique camping municipal comme on les aime !) J’aurais croisé des vaches, des oiseaux et aperçu une biche. D’êtres humains autres sur le chemin : au-cun ! La gérante du camping de Chavannes me le confirmera : des gens à vélo, on en voit un peu, des marcheur-euses, quasiment jamais.
Une nuit fort agréable dans un camping très calme. J'ai choisi un emplacement qui donnait sur la rivière, pour profiter de la vue, au coucher et au lever. Un gentil orage a même daigné passer quelques minutes pour rafraîchir (un peu) l'atmosphère.

2️⃣ Chavannes s/Suran - l'Île Chambod | 28km, 800D+
Un mignon brouillard m'enveloppe au réveil, qui survivra à peine au lever du soleil.
Départ de Chavannes direction Corveissiat dans un premier temps, pour récupérer les gorges de l’Ain. Un temps très lourd et chaud, les passages en forêt sont rassérénant, les passages en crêtes de plus en plus brûlants. Arrivée à Cize (passage à proximité du beau viaduc de Cize-Bolozon), je pause, grignote, endolorie et suante, et décide de quitter les gorges pour raccourcir mon trajet : je m’économise 1h de trajet et prends par le Mont Rosset puis descente vers l’île Chambod par la Chana.
Les chemins sont peu empruntés, et peu entretenus : je bataille avec les ronces pour garder un peu de peau sur les jambes ! Elles sont coriaces et abondantes. Je croise une randonneuse qui descends au rythme d'un jeune bouquetin et me laisse rapidement derrière elle. Esseulée sur cette crête asséchée, le moral au fond des gorges, je ne peux m'empêcher de penser qu'il suffirait d'une étincelle... La sécheresse craquelle tout et cette herbe jaune, brillante, aveuglante en devient inquiétante. Je pause à Hautecourt, au milieu d'un bout d'herbe devant la mairie, à un carrefour, randonneuse au bout du bout rêvant qu'on lui propose de mettre fin à son calvaire en la descendant en voiture au camping (ça n'arrivera pas). La descente se fera et les derniers 500m me paraîtront les plus longs et les plus libérateurs à la fois.
Le camping, très touristique localisation oblige, est très agréable et les gérants fort sympathiques. Je noie ma fatigue et ma colère dans une délicieuse coupe de glace de la ferme du Truchet avant d'aller me dégourdir les pattes sur l'île Chambod.

3️⃣ l'Île Chambod - Poncin | 17km, 450 D+
Je repars avec un moral un chouïa meilleur (spoiler : ça ne durera pas) car cette étape est plus courte que les 1ères. La remontée par la côte Chambod est sublime, on surplombe l’Ain qui trace sa route dans les gorges, au loin le barrage d’Allement. Je suis contente d’y passer le matin car il fait déjà très chaud. Je récupère le Suran un peu plus haut et chemine, toujours entre bois et pâturages avant de redescendre vers l’Ain à Poncin. La descente à travers bois est surnaturelle : le bois est magnifique, une forêt de contes de fées envahie brutalement par le bruit de l’A40, où débouche le GR, pile en face du viaduc de Poncin. Ça fait bizarre… je me faufile dessous, aussi impressionnée que lorsque je passe dessus, et débaroule quelques minutes plus tard devant mon camping du jour. Je me sens moins à l'aise (et mon voisin d'emplacement n'y est pas pour rien, qui insiste trop de fois pour qu'on mange "une poignée de coquillettes au bord de l'Ain et boire un coup". Je traîne mes guêtres au bord de la rivière, me couche avec les soleil et décanille le lendemain avec ses premiers rayons.

4️⃣ Poncin - Journans | 18km, 450D+
Le lendemain je quitte Poncin par un chemin qui longe l’Ain jusqu’à Neuville s/Ain. Un peu de plat pour commencer, ça fait du bien ! Quelques gouttes de pluie m’attendent à Neuville, mais pas assez pour rafraîchir l’air, qui est aussi lourd que mon sac et vient peser un peu plus sur le moral (oui, c'est pas le fun) ! Direction ensuite St Martin-du-Mont, où je retrouve des chemins connus. C’est beau, la plaine de Bresse se laisse maintenant contempler depuis les hauteurs. Après un petit ravito à l’épicerie de Saint Martin (très sympa, ça me remonte le moral), j’entame la dernière partie du trajet jusqu’à Journans. Ça monte gentiment dans les prairies et les bois.
Arrivée à Journans, plutôt que d’aller directement au camping, je descends pique-niquer à la source de la Reyssouze, curiosité locale et haut-lieu de mon enfance : mes grands-parents habitant le village d’à côté, c’était la balade digestive traditionnelle ! J’y trouve la fraîcheur de l’eau et de l’ombre, ce qui est salvateur car il fait… très chaud !
Le camping, sur les hauteurs du (très joli) village de Journans, me fait embrasser le profil du Revermont et de la plaine de Bresse. Je reste toujours pantoise devant les immenses emplacements sur lesquels je plante ma toute petite tente, qui ne manque d'ailleurs jamais d'attirer la curiosité des autres campeur-euses, surtout dans ces coins où l'itinérance n'est pas habituelle.
Après l'installation et la douche, j'acte la décision qui est la seule valable : mon itinérance s'arrêtera là, demain je rentre, en train. Mon sac trop lourd et la chaleur me plombent, je n'arrive pas à y trouver mon plaisir. Si deux étapes suivantes restent courtes, la simple pensée de la dernière, qui frôle les 30 kms, me crispe. L'abandon, c'est maintenant ou jamais. Ce sera maintenant. À distance, mon père m'encourage, me donne les mots pour me remettre les idées en place (ça n'est pas immédiat, il me faudra du temps) et un tracé GPX pour aller le plus agréablement et rapidement possible jusqu'à Bourg. Je profite donc de cette dernière journée, la Reyssouze m'attend et m'apaise.

En début de soirée, un orage se fait entendre, et j'espère qu'il fende le ciel en deux pour faire retomber la pression. La nuit sera une symphonie jupitérienne, le ciel électrique nous mitraille, le tonnerre engloutit tout, le vent tourne et garde loin de nous la pluie, qui a dû rester accrochée ailleurs sur la montagne. La lourdeur plombante se glisse partout, et je garde la tente ouverte pour continuer à respirer.

5️⃣ Journans - Bourg-en-Bresse | 14,5km, pas beaucoup de D+
Je quitte le Revermont pour la plaine, direction la gare de Bourg-en-Bresse. Après cette nuit très chaude, très électrique, je suis vidée. Je parcours donc tranquillement la petite quinzaine de kilomètres qui me sépare de Bourg, d’abord à travers champs puis de routes, pour entrer dans la ville par le parc de Bouvent, où je retrouve la Reyssouze. Les premiers kms m’ont rappelés les promenades que je faisais enfant avec ma grand-mère, et j’ai également beaucoup pensé au livre Brûle-Bleu et à Silas et Octave, à ces moments à la source et à la présence de la Reyssouze dans le quotidien de Silas.

Il fait une chaleur à crever, je patiente en attendant mon train d’abord dans les bois de Bouvent puis au monastère de Brou (dédicace encore à Silas ^^) avant de prendre le train et de parcourir, à pied, la dernière côté, de la gare de StAm’ à chez moi. Il aura fallu une étape urbaine pour que je tombe presque à court d’eau (alors que j’avais 2,5l sur moi pour 14,5km…). J’arrive rincée (de sueur, pas d’eau). Il y a beaucoup à retirer de cette escapade. Mais après la douche !

🧭 "Il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant"

J’ai beau le savoir, mais ces 5 jours immergée dans des milieux différents le marque encore plus dans ma chair, la sécheresse est terrible. Les crêts et monts sont jaunes, comme les pâturages, la terre est fissurée de toute part et sonne comme pierre sous les bâtons. Les chemins sont très instables et recouverts, dans les bois, de feuilles mortes, de branchages... et d’arbres. Le nombre d’arbres brisés et déracinés est terrifiant. Les ruisseaux les plus petits sont à sec, et le niveau de l’Ain et du Suran varie selon les endroits. L’apparente verdure des bois est un trompe-l’œil, tout craque de toute part. Devinez où j’ai trouvé du vert ? Au golf !

Bref, tout ça pour dire que le tour du Revermont, c’est une belle aventure, je compte bien faire les dernières étapes rapidement (à la journée vu que je ne suis pas loin). C’est peut-être moins impressionnant que les Alpes, moins sportif que le tour du Mont Blanc, mais on est y tranquille (j’ai VRAIMENT croisé 12 personnes EN TOUT sur les chemins) et c’est exigeant, de par cet isolement et la topographie du coin. Ce fut éprouvant par la chaleur et ses conséquences, et ma forme générale, aussi ^^. Bien que du coin, j’ai maintenant un autre rapport à ces lieux et sa géographie, et une nouvelle carte sensorielle dans ma bibliothèque mentale.

Comme me le rappelait mon père, ce qui compte c'est le chemin que l'on fait. Il n'y a pas de but, pas d'exploit ni d'échec. J'aurais appris beaucoup au cours de ces 5 jours, sur mon état pendant et avant, les erreurs faites lors de la préparation de mon sac mais aussi sur mes bonnes intuitions et les acquis de l'expérience, comme on dit. Chaque randonnée, chaque sortie dans cette nature qui me tisse m'enrichit, il faut parfois un peu de temps pour s'en rendre compte, et un peu de recul pour s'en souvenir.

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Laisser un commentaire